Aujourd’hui, la question ne se pose plus, le changement climatique est en cours. Depuis le début du XXème siècle, la France a, par exemple, vu la température moyenne de l’air augmenter de 2,1 °C, avec une accélération marquée au cours des quarante dernières années (Météo-France, 2025).
Les évolutions climatiques impactent la biodiversité en modifiant l’abondance, la répartition et le fonctionnement des espèces, des milieux, des écosystèmes et des socio-systèmes. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a identifié les changements globaux, dont fait partie le changement climatique comme l’une des 5 principales causes d’érosion de la biodiversité dans le monde (UICN, 2022). Ses impacts viennent s’ajouter au poids de l’artificialisation des sols, de la fragmentation des milieux …
En tant qu’acteur majeur de la préservation de la biodiversité et gestionnaire d’espaces naturels, le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur a la volonté d’adapter son action pour anticiper ces changements et, ainsi, en atténuer les effets préjudiciables et tirer avantage des effets bénéfiques potentiels. Cela implique de réfléchir aux évolutions des territoires, des milieux, des espèces et leur fonctionnement, au regard des conditions climatiques futures, pour prendre aujourd’hui des décisions qui resteront pertinentes demain. Les stratégies à adopter sont diverses et doivent être construites à l’échelle de chaque territoire et de chaque enjeu. Elles peuvent aller du “laisser faire” (libre évolution, documenter les évolutions, acquérir de la connaissance), à l’accompagnement des changements, jusqu’à des actions de résistance visant à maintenir les conditions existantes.
L’intégration du changement climatique, comme des autres changements globaux, implique de faire évoluer la manière d’aborder nos métiers, nos pratiques, dans une approche plus dynamique et intégrée, en lien étroit avec les acteurs des territoires.
Cette prise de conscience de l’urgence de changer nos manières de travailler dépasse le Conservatoire.
Dans son Plan stratégique décennal (CEN PACA, 2024), le Conservatoire réaffirme sa volonté de jouer le rôle de coordinateur et de facilitateur dans l’émergence et l’animation de dynamique de territoires, ainsi que dans la consolidation opérationnelle des initiatives. En effet, le Conservatoire est convaincu de la nécessité de mobiliser les acteurs autour des enjeux de prise en compte du changement climatique et de s’appuyer sur les démarches collectives pour garantir l’efficacité des actions. Le Conservatoire se positionne ainsi au côté des gestionnaires, des établissements publics, des collectivités territoriales pour œuvrer à la prise en compte du changement climatique.
Animation régionale de l’adaptation au changement climatique
Convaincu de la nécessité de mobiliser les acteurs autour des enjeux de prise en compte du changement climatique et de s’appuyer sur les démarches collectives, comme celle portée dans le projet Natur’Adapt Sud, pour garantir l’efficacité des actions, le Conservatoire porte désormais une animation régionale sur l’adaptation au changement climatique. Celle-ci vise à faciliter le rapprochement des acteurs autour de la thématique du changement climatique pour : favoriser les synergies, développer les compétences, mutualiser et développer des outils, créer une culture et un langage commun, etc.
Au travers de cette animation, le Conservatoire réaffirme sa volonté de jouer le rôle de coordinateur et de facilitateur dans l’émergence et l’animation de dynamique de territoires, ainsi que dans la consolidation opérationnelle des initiatives. Le Conservatoire continuera ainsi à se positionner aux côtés des gestionnaires, des établissements publics, des collectivités territoriales pour œuvrer à la prise en compte du changement climatique.
Retour sur le projet Natur’Adapt Sud, premier jalon vers l’adaptation au changement climatique

Comment adapter la gestion des espaces naturels pour garantir leur résilience et leur préservation à long terme ? Cette problématique était au cœur de Natur’Adapt Sud, un projet mobilisateur animé de 2024 à 2026 par le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Tour du Valat.
Face à la rapidité et l’ampleur du changement climatique, dont certains effets sont déjà perceptibles dans les aires protégées, il devient indispensable pour les gestionnaires d’adapter leur gestion dès aujourd’hui pour préparer l’avenir. Le projet Natur’Adapt Sud (2024-2026), animé en partenariat avec la Tour du Valat et grâce au soutien financier de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Provence-Alpes-Côte d’Azur et de la Région Sud, a permis d’accompagner treize réserves naturelles de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur dans cette démarche.
La méthodologie Natur’Adapt, issue du LIFE du même nom, vise ainsi à comprendre et anticiper les impacts possibles du changement climatique sur un site donné, afin d’adapter la gestion qui y est menée aux évolutions futures. Cela passe tout d’abord par l’acquisition ou la consolidation, par le gestionnaire d’un socle de connaissances sur le changement climatique, ses mécanismes et principaux effets sur les écosystèmes. L’ensemble des conservateurs des réserves associées au projet a ainsi suivi une formation en ligne proposé par Réserve naturelles de France et l’Office français de la biodiversité. Dans un second temps, un diagnostic prospectif de vulnérabilité et d’opportunité face au changement climatique a été réalisé pour chaque réserve. Ce diagnostic permet de questionner les évolutions possibles du territoire et de ses différentes composantes (naturelles, socio-économiques, etc.) sous l’effet des manifestations locales du changement climatique. Il s’appuie d’une part sur l’analyse des modélisations des tendances climatiques à moyen et long termes sur le territoire de la réserve. Il repose d’autre part sur la mobilisation de scientifiques et d’acteurs locaux qui ont notamment permis d’apporter leur vision de l’évolution de leur pratique sous l’effet des changements climatiques actuels et à venir. À la suite de ce travail, le plan d’adaptation a permis de questionner la gestion actuelle mise en place par la réserve dans la perspective de ces évolutions et de définir une stratégie d’adaptation de cette gestion ainsi que des mesures de gestion adaptées aux futurs impacts du changement climatique. En exprimant leur positionnement et leur philosophie face au changement climatique, les gestionnaires des réserves ont fixé le cap qu’ils souhaitent porter à moyen terme pour accompagner l’adaptation de leur territoire face au changement climatique.
Au-delà des résultats produits, le projet Natur’Adapt Sud a surtout permis à l’ensemble des participants de monter en compétences et d’évoluer vers une vision dynamique de la gestion des écosystèmes. Le fruit de ce travail a ainsi vocation à guider leur réflexion tout au long de la vie de leur réserve, notamment à toutes les étapes de l’élaboration de leur plan de gestion.
Le travail en réseau a été au cœur de ce projet d’ampleur régionale, avec notamment des temps d’échanges communs à tous les gestionnaires ainsi qu’une sollicitation de nombreux acteurs du territoire aux différentes étapes de la démarche.
À noter : les documents diffusés ci-dessous sont le fruit du travail des équipes gestionnaires et accompagnatrices Natur’Adapt Sud, et n’ont pas encore suivi l’ensemble du processus de validation habituel (Direction, Comité consultatif de la réserve, Conseil Scientifique ou autre).
Pour aller plus loin
Le changement climatique

La Terre connaît des variations cycliques de températures depuis des millénaires, avec une alternance de périodes glaciaires et interglaciaires. Ces changements sur le temps long sont conditionnés par des forçages naturels (activité solaire, volcanisme…).
Depuis 1970, l’augmentation de la température à la surface de la Terre est plus rapide que durant toute autre période de 50 ans au cours des 2000 dernières années. L’origine de ce réchauffement a été la question prioritaire des scientifiques du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).
Les simulations réalisées pour y répondre ont montré que les forçages naturels ne pouvaient pas expliquer à eux seuls la hausse des températures observée ces dernières décennies.
En revanche, celles incluant les émissions de gaz à effet de serre issues de l’activité humaine reproduisent les évolutions récentes (Figure 1). Ainsi, le changement climatique contemporain est incontestable et se distingue par son intensité, sa rapidité et son origine humaine.
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Météo ou climat ?
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Les effets du changement climatique sur la biodiversité
Le changement climatique entraîne différents phénomènes comme la fonte des glaciers, la diminution de l’enneigement, le recul du trait de côte, l’acidification et l’élévation du niveau des océans, ainsi que l’intensification d’évènements météorologiques extrêmes (canicules, tempêtes…). Ces bouleversements ont des répercussions dans tous les secteurs de nos socio-écosystèmes.
Les évolutions climatiques impactent la biodiversité en modifiant l’abondance, la répartition et le fonctionnement des espèces, des milieux, des écosystèmes et des socio-systèmes. Cet impact vient s’ajouter aux pressions anthropiques nombreuses qui pèsent sur ces éléments.
Des effets du changement climatique sont d’ores et déjà observés et documentés par les scientifiques :
- Migrations forcées des espèces, obligées de se déplacer pour retrouver des conditions propices à leur survie et leur reproduction. Ceci donne lieu à des modifications de l’aire de répartition de certaines espèces, avec des remontées vers des latitudes ou des altitudes plus élevées. Certaines disparaissent d’un site car les conditions ne sont plus adaptées à leur survie, tandis que d’autres qui n’étaient pas présentes auparavant s’y installent désormais.
- Modifications de la phénologie des espèces : Les évolutions climatiques peuvent affecter différentes étapes du cycle de vie d’une espèce. Par exemple, la hausse des températures peut décaler les dates de reproduction, les dates et lieux de migration…
- Perturbation des interactions entre espèces : Les décalages de phénologie de certaines espèces peuvent conduire à une désynchronisation entre leur cycle et celui d’autres espèces avec lesquelles elles sont en interaction et dont elles peuvent parfois dépendre. Par exemple, un décalage entre les dates d’éclosion des œufs d’une espèce de papillon et celles de floraison de sa plante-hôte entraîne une diminution des ressources alimentaires disponibles pour les chenilles et impacte leur survie.
- Disparition d’espèces : Certaines espèces n’auront pas la capacité de s’adapter suffisamment vite et/ou de migrer vers des habitats plus favorables, ce qui pourrait entrainer leur disparition.