Milieux psammophiles
Espaces caractérisés par un substrat riche en sable, où s’expriment des espèces spécialistes, notamment chez les taxons de la flore et de l’entomofaune
Répartition et habitat
Les milieux psammophiles peuvent être présents un peu partout, mais sont rarement abondants. En effet, ils se rencontrent le long du littoral dans les systèmes dunaires, le long de certains cours d’eau dont les alluvions peuvent être riches en sable (Durance, Calavon…) où encore en contexte plus continental, où ils correspondent alors à des reliquats de mers très anciennes (Ocres du Luberon).
Ces espaces psammophiles, par la présence du sable (un substrat meuble et drainant, qui retient peu les nutriments et emmagasine la chaleur), sont soumis à de nombreuses contraintes abiotiques. Ils sont ainsi caractérisés de milieux oligotrophes (faible teneur en nutriments), où la végétation y est clairsemée, faisant peu d’ombrage. Ils prennent alors des caractéristiques de milieux héliophiles (fortement exposés au rayonnement solaire) ; de milieux thermophiles (chauffent rapidement et stockent la chaleur) et de milieux pionniers (récents) car de nombreuses perturbations (piétinement, bourrasques, crue) décapent le sol et y renouvellent sans cesse les premiers centimètres. Dans certains cas, les sables anciens (donc plutôt en contexte continental) ont subi des processus de décalcification (érosion et dissolution des calcaires) et évoluent vers des milieux acidiphiles et/ou siliceux. Enfin, sur la façade maritime, ces milieux sont également soumis aux embruns et à l’exposition aux marées, ils sont alors dits halophiles (adaptés à la présence de sel).
Différents habitats s’expriment alors, suivant le contexte hydrique. Dans les zones de basses topographies, où s’accumulent des argiles, s’expriment des zones humides à ennoiement irrégulier telles que des mares temporaires, alors que sur les versants ou sur les hautes topographies s’expriment des pelouses xériques (où l’eau est rare).
Les espèces spécialistes
Étant soumis à de nombreuses contraintes abiotiques, quelques espèces ont évolué pour s’y adapter et ne se rencontrent désormais plus que dans ces milieux. Ces espèces correspondent essentiellement à des espèces de la flore ou à des espèces d’invertébrés, les vertébrés ayant très souvent des capacités d’adaptation leur permettant d’utiliser une variété de milieux.
Au sein du groupe taxonomique de la flore, les espèces spécialistes partagent souvent des caractéristiques communes : espèces naines et annuelles, s’exprimant sur de courtes temporalités : avant les chaleurs estivales (avril-mai) ou après les premières pluies automnales (octobre-novembre). Certaines de ces espèces sont d’ailleurs des espèces pour lesquelles la région à une importante responsabilité de conservation (Bassie à fleurs laineuses, Silène de Porto, Loeflingie d’Espagne, Ibérodes à feuilles de lin) ou simplement des espèces rares et caractéristiques de ces milieux : le Laîche ponctué, la Fléole des sables, l’Orcanette des teinturiers, la Vulpie des dunes, la Phélipanche des sables, l’Orobanche de l’Armoise champêtre, l’Ephèdre à deux chatons ou encore les corynéphores (Corynephorus canscens, Corynephorus divaricus).
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Du côté des animaux, la spécialisation des espèces se fait suivant deux aspects : soit par le cycle de vie, totalement ou partiellement fouisseur, soit par la dépendance à des espèces de la flore elle-même psammophiles strictes. Ainsi, la faune fouisseuse se rencontre préférentiellement dans les milieux sableux, notamment des invertébrés tels que le Scorpion languedocien, le Scolopendre annelé, ou encore des insectes, en particulier chez la sous-famille des cicindèles (Cicindelidae) ou la famille des fourmilions (Myrmelontidae). Quelques vertébrés les fréquentent également préférentiellement, comme le Pélobate cultripède, le Lapin de Garenne, le Lézard ocellé (qui utilise alors les terriers de lapins !), le Psammodrome d’Edwards ou encore le Guêpier d’Europe.
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Enfin, quelques invertébrés remarquablement rares peuvent être présents, et sont alors associés à des espèces végétales, comme l’Hibernie enfumée (un papillon de nuit qui se développe dans les landes acidiphiles à bruyère), Hymenoplia chevrolati / Nasocoris pysche / Pinosomus varius (trois insectes dont les larves ou imagos se nourrissent de végétaux psammophiles).
Les menaces
En contexte continental, la principale menace provient du caractère non renouvelable du substrat : le substrat sableux, une fois détruit, ne se régénère pas. Les milieux psammophiles sont donc particulièrement sensibles à l’artificialisation (urbanisation, voiries) ou à la conversion des sols pour l’agriculture, qui peut modifier définitivement les caractéristiques édaphiques (du sol). Le développement d’activités économiques en place des anciennes carrières de sables (urbanisation, photovoltaïque) ou leur remise en état (comblement, végétalisation artificielle) représente également une menace.
Enfin, les changements globaux menacent ces milieux à différentes échelles. Là où ils étaient auparavant stables, ils sont désormais concurrencés par d’autres végétations. Des végétations autochtones, autrefois limitées par le Lapin de garenne qui les consommait, se développent aujourd’hui du fait de sa disparition de nombreux territoires. D’autres végétations ont été introduites par l’Homme (Pin d’Alep, espèces des genres Opuntia, Erigeron, Datura) et tirent profit, non seulement de l’absence d’herbivorie, mais aussi des changements climatiques. Ce dernier peut aussi accentuer le caractère xérique de ces milieux, et favoriser la disparition des zones humides temporaires ou des zones d’eau douce en contexte maritime avec la hausse du niveau de la mer. Pour finir, le besoin de nature expose de plus en plus ces sites à une sur-fréquentation, notamment par des engins motorisés, qui freinent le développement des espèces.
Les actions pour les préserver
Le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur est gestionnaire de plusieurs sites psammophiles et participe activement à la mise en œuvre du Plan National d’Actions en faveur de la flore et des habitats menacés des pelouses sableuses continentales de la vallée du Rhône et de l’Ain. A ce titre, le Conservatoire réalise plusieurs actions :
- Amélioration des connaissances naturalistes
- Suivis des espèces remarquables
- Maintien des milieux ouverts
- Maintien des mares temporaires
- Lutte contre les espèces végétales exotiques envahissantes
- Encadrement de la fréquentation
- Formation et sensibilisation auprès des partenaires
Les milieux psammophiles gérés par le conservatoire
- Terrain militaire des Aglanets
- Vacquière
- Mares de la Pavouyère
- Le Parandier
- Colline de la Bruyère
- Mares de Jonqueirolles
- Haut-Vallon de la Sénancole
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