Publié le 9 juillet 2026 - Suivi des sites et des espèces

Suivi des Tortues d’Hermann dans le Var : un projet de recherche au cœur des vignobles

La période d'activité des reptiles bat son plein dans le Var, et les Tortues d'Hermann sont au rendez-vous. Depuis 2025, le Conservatoire d'espaces naturels Provence-Alpes-Côte d'Azur mène un projet de suivi télémétrique et GPS de l'espèce, afin de mieux comprendre comment elle utilise les parcelles viticoles et les habitats naturels qui les entourent.

Un projet inscrit dans le Plan national d’actions

Ce suivi s’inscrit dans le cadre du second plan national d’actions en faveur de la Tortue d’Hermann (2018-2027). Il est financé par le Fonds vert, avec le soutien de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Provence-Alpes-Côte d’Azur, et bénéficie de l’appui technique et méthodologique de la SOPTOM (Station d’observation et de protection des tortues et de leurs milieux).

L’objectif est de mieux comprendre comment la tortue utilise les parcelles viticoles, très présentes sur son aire de répartition, ainsi que les habitats naturels environnants, pour répondre à ses besoins.

L’étude se déroule sur deux ans. En 2025, 24 tortues adultes ont été équipées d’émetteurs et de GPS sur trois domaines viticoles varois. Le suivi se poursuit jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026, période correspondant à l’entrée en hivernation progressive des individus.

Le Conservatoire tient à remercier le Domaine de l’Amaurigue, le Château de la Môle et le Domaine Tasquier pour leur participation à cette étude, ainsi que la DREAL Provence-Alpes-Côte d’Azur pour le financement du projet et la SOPTOM pour son accompagnement.

Une méthode de suivi précise et respectueuse de l’animal

La Tortue d’Hermann est un reptile ectotherme : son activité dépend fortement des conditions de température. Au sortir de l’hiver, les individus quittent leurs zones d’hivernation, généralement denses en végétation et en litière, pour rejoindre des milieux plus ouverts, favorables aux bains de soleil et aux pontes.

Pour localiser les tortues sur le terrain, le Conservatoire utilise des émetteurs VHF (Very High Frequency) associés à une antenne de réception et un récepteur. Chaque émetteur produit à intervalles réguliers des ondes sur une fréquence unique, permettant d’identifier précisément chaque individu.

Une fois localisées, les tortues sont équipées d’un GPS enregistrant leur position toutes les 30 minutes, entre 6h et 21h. Les dispositifs sont remplacés toutes les trois semaines afin de limiter le dérangement et de renouveler leur batterie, assurant ainsi un suivi continu.

Le matériel est fixé à l’arrière de la carapace, en veillant à ce qu’il ne dépasse pas de la silhouette de l’animal vu de face. Cette précaution limite les frottements avec l’environnement et réduit les contraintes pour l’individu. Seules les tortues adultes sont suivies, et leur masse est contrôlée régulièrement afin de vérifier que l’équipement n’a pas d’impact sur leur état de santé.

À noter : la Tortue d’Hermann est une espèce protégée dont la manipulation et le prélèvement dans la nature sont interdits par la loi. Les personnes qui réalisent ce type d’étude sont formées et bénéficient d’une dérogation spécifique délivrée par les services de l’État.

Premiers résultats : l’exemple de Franklin

Avec le retour des températures printanières, les Tortues d’Hermann ont repris leur activité dès le mois de mars. Les déplacements se sont intensifiés en avril, permettant la collecte des premières données de l’année.

Une fois récupérées, les données GPS sont triées puis analysées. Ces analyses permettent d’estimer le domaine vital des individus, d’évaluer leurs déplacements en fonction des saisons et d’identifier leurs préférences en matière d’habitats.

Parmi les tortues suivies, Franklin a quitté sa zone d’hivernage à la mi-mars. Les données collectées jusqu’à présent permettent d’estimer son domaine vital à 10 hectares (intervalle de confiance à 95 % : 9,3-10,9 ha), une surface supérieure à la moyenne observée chez les individus suivis sur le site du Château de la Môle (8,3 hectares).

Les données GPS permettent également de reconstituer les trajectoires des individus. Il est ainsi possible d’observer que Franklin reste fidèle à ses habitudes et visite régulièrement les mêmes secteurs au sein de son domaine vital. L’absence de données en hiver se traduit par une lente interpolation de son trajet.

Afin de préserver la tranquillité des individus suivis et la confidentialité du site d’étude, les cartes présentées ne permettent pas d’identifier la localisation exacte du domaine viticole où vit Franklin.

Enfin, la comparaison entre le domaine vital estimé et la cartographie des habitats permet de connaître la proportion des différents milieux présents sur le territoire de chaque individu. Cette analyse décrit les habitats disponibles, mais ne permet pas à elle seule de déterminer les préférences de la tortue.

Et la suite ?

Ces premiers résultats contribueront à orienter les futurs travaux de recherche et à alimenter les actions de gestion en faveur de l’espèce. Le suivi se poursuit sur le terrain jusqu’à l’automne, et de nouvelles données viendront progressivement enrichir la connaissance du Conservatoire sur les habitudes de vie de la Tortue d’Hermann dans les vignobles varois.