Publié le 27 novembre 2025 - Divers

Ligne THT, ligne rouge pour les espèces protégées

Le Conservatoire d'espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d'Azur se félicite que la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) reprenne désormais explicitement à leur compte les alertes que notre association formule depuis deux ans sur le projet de ligne à très haute tension (THT) entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer. Le Conservatoire est en effet gestionnaire de la Réserve naturelle nationale des coussouls de Crau et animateur de plusieurs Plans nationaux et régionaux d'actions d'espèces menacées par ce projet.

L’État et Réseau de transport d’électricité (RTE), gestionnaire du réseau national de transport d’électricité, envisagent la construction d’une ligne aérienne à très haute tension (400 000 volts), afin d’alimenter en électricité le site industriel de Fos-sur-Mer et ainsi contribuer à sa décarbonation.


Dans le cadre de l’élaboration du dossier de demande d’autorisation environnementale, la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement de la région Occitanie (DREAL Occitanie) a été sollicitée pour évaluer l’impact écologique potentiel de ce projet, qui prévoit notamment l’installation d’un linéaire THT de 65 kilomètres sur 180 pylônes bordant le Rhône et traversant l’ouest de la plaine de la Crau.


L’implantation d’une ligne THT aérienne au cœur d’une zone d’intérêt majeur pour la reproduction, le stationnement et la migration de dizaines d’espèces d’oiseaux protégées ne peut se faire sans impacts significatifs pour les plus menacées d’entre-elles, en particulier le Ganga cata, dont la seule population française vit en Crau.


La réponse de RTE laisse songeur à bien des égards. Rien ne vient étayer l’allégation selon laquelle les « effets résiduels [seraient] très faibles à faibles », une affirmation en totale contradiction avec l’avis des experts de ces espèces menacées et l’ensemble des études scientifiques publiées à ce jour.


Les « mesures compensatoires » proposées par RTE ne relèvent pour la plupart que de mesures d’accompagnement, notamment d’études scientifiques, ne compensant pas la surmortalité qui serait induite par l’implantation de la ligne THT.


La seule « mesure de conservation » avancée en faveur du Ganga cata – le financement d’un programme de renforcement de la population de Crau – se rapporte à une « étude de faisabilité » proposée par le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN PACA).


Or cette action ne figure pas, à ce jour, dans le projet de second plan national d’actions en faveur de l’espèce, les conditions nécessaires à un tel programme n’étant pas réunies : les menaces ayant conduit au déclin du Ganga cata en Crau ne sont pas éliminées et risquent même de s’accentuer avec l’industrialisation croissante du territoire.


Il serait d’autant moins raisonnable d’envisager d’améliorer le statut de conservation de l’espèce par l’introduction d’individus provenant d’Espagne – où les populations s’effondrent – que leurs chances de survie seraient immédiatement compromises par le risque de collision avec une ligne THT implantée en plein coeur de leur territoire.


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